“L’arrivée d’une glaciation n’est donc pas réglée comme du papier à musique et pour qui veut en déterminer la date, la tâche est ardue. Dans une étude publiée le 8 janvier par Nature Geoscience, une équipe internationale a, pour y parvenir, choisi une voie empirique : chercher, dans les “archives” climatiques, combien de temps a duré l’interglaciaire du passé qui ressemble le plus au nôtre tant par ses composantes astronomiques (évaluées par un modèle numérique) qu’atmosphériques. Les chercheurs ont évidemment mis entre parenthèses la teneur en CO2 mesurée aujourd’hui (390 parties par million) et s’en sont tenus à la valeur pré-industrielle (280 ppm). Grâce aux carottages effectués dans les glaces de l’Antarctique mais aussi dans les sédiments marins, les principales caractéristiques de l’atmosphère sont connus sur les 800 000 dernières années, ce qui donne un large éventail d’événements interglaciaires.
C’est un des plus anciens sur la liste qui a été retenu. Le candidat présentant le plus de similarités sur le plan astronomique et sur celui des signaux paléoclimatiques s’est en effet avéré être un épisode survenu il y a environ 780 000 ans. Or cet interglaciaire ancien aurait au maximum duré 12 500 ans. Ce qui, si la comparaison est bonne, nous laisse un petit millier d’années avant de voir la calotte glaciaire descendre sur le nord de l’Europe, le niveau des mers baisser de plusieurs dizaines de mètres – au point de pouvoir traverser la Manche et le détroit de Béring à pied sec – et la toundra gagner le Médoc…
Ce serait néanmoins oublier un facteur important : le dioxyde de carbone. Car pour que la glaciation s’enclenche, les chercheurs estiment que le taux atmosphérique de CO2 ne doit pas dépasser les 240 ppm. Nous sommes loin du compte et il faut aussi noter que la valeur pré-industrielle est également supérieure à cette barre, ce qui pourrait indiquer que, même avant le début de l’utilisation massive des combustibles fossiles au XIXe siècle, les activités humaines (agriculture, élevage, déforestation) avaient déjà modifié la composition de l’atmosphère et la machine climatique. Quoi qu’il en soit, avec nos 390 ppm de CO2 actuelles, nous avons une bonne assurance contre le retour de l’âge de glace : même en coupant net (et définitivement) toute émission de dioxyde de carbone, il faudrait probablement des siècles voire davantage pour que la nature absorbe ce surplus de carbone et que l’on revienne ne serait-ce qu’à la valeur pré-industrielle.
A la publication de cette étude de Nature Geoscience, quelques-uns, comme le blogueur climatosceptique américain Anthony Watts, se sont donc réjouis : enfin une conséquence positive de l’augmentation des gaz à effet de serre et du réchauffement climatique ! Il est certain que la perspective du retour à la glaciation n’enchante personne, notamment en raison de son impact désastreux sur l’agriculture. Néanmoins, voir le changement climatique à travers ce seul prisme est un contresens majeur. Pour Luke Skinner, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et un des auteurs de l’étude, qui est interrogé par la BBC, “c’est un intéressant débat philosophique – “serions-nous mieux dans un monde chaud [de type interglaciaire, précise la BBC] que dans une glaciation ?” et il est probable que oui. Mais c’est ne pas comprendre l’enjeu, parce que ce vers quoi nous nous dirigeons, ce n’est pas vers le maintien de notre climat actuellement chaud, c’est vers un climat qui se réchauffe encore plus, et ajouter du CO2 à un climat chaud est très différent que d’en ajouter à un climat froid.” Si l’humanité a voulu mettre un peu de chauffage pour prévenir l’hiver glaciaire, elle a poussé le bouton du thermostat trop loin. Cela a deux conséquences. La première est purement académique et d’impact limité : il devient très compliqué de prévoir la date d’arrivée de la prochaine glaciation. La seconde conséquence constitue la conclusion de l’étude : même si la Terre se retrouve bientôt dans une configuration astronomique favorable à une glaciation, cela ne modèrera pas pour autant les effets du réchauffement climatique induit par les activités humaines.”
- Pierre Barthélémy -
http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/01/11/notre-co2-reporte-la-prochaine-glaciation/
COMMENTAIRES (extrait) :
La première, c’est que les arguments sur les augmentations de CO2 il y a des millions d’années sont hors-sujet. La question posée par le réchauffement climatique actuel est celle des émissions actuelles. Et pour nier qu’elles soient d’origine anthropique, il faut un culot délirant.
La deuxième, c’est que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre. La généralisation de la riziculture et Asie (et, dans une moindre mesure, de l’élevage dans plusieurs régions du monde) a provoqué un premier « petit palier » il y a 2 à 3.000 ans. Avant même la révolution industrielle, le taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère était déjà supérieur à ce qu’il était avant l’intervention de l’Homme. La phrase de Pierre Barthélémy est donc parfaitement exacte.
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La troisième, c’est qu’une phrase de l’article illustre remarquablement la vraie motivation des climatosceptiques. En effet, P. Barthélémy écrit que : quelques-uns, comme le blogueur climatosceptique américain Anthony Watts, se sont donc réjouis : enfin une conséquence positive de l’augmentation des gaz à effet de serre et du réchauffement climatique !
Cela prouve que ce « climatosceptique » n’a pas adopté cette position par scepticisme réel sur les causes anthropiques de l’augmentation de l’effet de serre, mais uniquement parce qu’il est content que la Terre se réchauffe. Tant que c’est présenté comme négatif, il nie. Mais quand il a une occasion de le présenter comme positif (de façon erronée, mais là n’est pas la question), il se réjouis… ce qui prouve qu’il admet en réalité parfaitement que ce réchauffement est d’origine anthropique ! Le masque tombe.